Berck/Rang du Fliers : Petits moyens, public en or
Julien François - ABBR

Ancienne place forte du basket français, Berck a fait son retour au troisième échelon national. Le club de la Côte d’Opale peut compter sur une belle ferveur populaire.

3.500 spectateurs pour un match de Nationale 2. Combien de clubs de quatrième division, tous sports confondus, sont capable de réunir une telle affluence ? Berck l’a fait en mai dernier pour la réception de Beyssac-Marmande en quart de finale des playoffs. Une victoire synonyme d’accession à la Nationale 1. La petite ville de la Côte d’Opale n’attendait que cela. "Berck c’est un petit Limoges, un petit Marseille dans le foot", compare l’entraîneur de l’ABBR, Laurent Kleefstra. "Ici, le basket est le sport numéro un, sans concurrence." Les Berckois vivent et dorment basket.  

Une culture née au début des années 70. La période dorée de l’AS Berck, double champion de France en 1973 et 74. Berck est alors une sorte de village gaulois. L’équipe entraînée par le sorcier Jean Galle réussit l’exploit de se hisser à deux reprises en demi-finale de la Coupe d’Europe des clubs champions contre le Real Madrid et Ignis Varèse. Le président actuel, Bruno Fiolet, était déjà aux premières loges. "Je suis né dans la marmite. Mon père (René) a monté le club dans les années 60. Au départ, il s’occupait de tout puis il est devenu directeur sportif", commente-t-il. "Parmi mes plus grands souvenirs, il y a la réception du grand Vichy et le premier titre de champion de France quand on va gagner au Palais des Sports de Gerland contre le Villeurbanne d’Alain Gilles devant plus de 10.000 personnes. L’arrivée de l’avion au Touquet, ce sont des souvenirs gravés à vie."

Par la suite, Bruno Fiolet va quitter la région et suivre à distance son club de cœur. L’AS Berck descend de l’élite en 1980, puis de Pro B en 1993 et s’enfonce dans les divisions fédérales. "J’étais déconnecté du basket à ce moment-là et lorsqu’il y a eu les 30 ans du titre en 2003, certains m’ont dit que ce serait bien de revoir Berck à un meilleur niveau." Ainsi devient-il président l’année suivante après la fusion des deux clubs voisins de l’AS Berck et de Rang du Fliers. L’aventure démarre en Pré-nationale. "Le public est revenu. On est monté en N3 devant 2.000 personnes. Ensuite, l’arrivée de Jimmy Vérove (qui a débuté à Berck) a contribué à la notoriété du club. On est monté tout de suite en N2 et ensuite on a toujours joué le haut de tableau pour monter en 2015."

Le retour attendu en Nationale 1 est bref. Des problèmes de management et des blessures précipitent la chute des Berckois qui font l’ascenseur. En 2018, l’ABBR fait venir un nouvel entraîneur, Laurent Kleefstra, pour l’aider à remonter. Objectif atteint après joué les premiers rôles pendant quatre ans. Cet été, les vice-champions de France de Nationale 2 (-2 en finale contre Hyères-Toulon) ont conservé six joueurs et ont recruté des joueurs expérimentés à ce niveau, Dominique Gentil (Le Havre), Thomas Tshikaya (Aix-Maurienne), Luidgy Laporal (Besançon). Sur la ligne de départ, le promu avait plutôt fière allure mais le début de saison a été plus difficile que prévu, avec trois victoires en neuf matchs. "On manque encore un peu d’expérience. Il faut que tout le monde apprivoise la division notamment notre intérieur américain (Kai Mitchell) qui a un peu de mal à trouver ses marques dans notre collectif", commente Laurent Kleefstra. "Mais on sait ce qu’on est. On doit être le 25e budget sur les 28 équipes (770 000 euros) donc l’objectif c’est le maintien."

Malgré une belle augmentation des recettes de partenariat privé – un tiers de son budget -, Berck mesure le chemin à accomplir pour entrer dans la cour des grands. "Il faut développer la partie administrative du club car le sportif ne peut pas tout tenir tout seul. Pour le futur, c’est primordial", insiste le coach. "On tire beaucoup sur les bénévoles à l’ABBR. Le président se démène, donne beaucoup de sa personne mais il est grand temps de ramener un peu de sang neuf pour l’épauler. C’est la prochaine marche qu’on doit franchir si l’on veut maintenir le club en Nationale 1."

Pour l’heure, le promu compose avec ses petits moyens. L’équipe se déplace en mini-bus afin d’économiser sur le budget transport, sauf pour les déplacements très lointains dans le Sud. C’est un handicap par rapport à ses adversaires. Toutefois l’ABBR peut compter sur un staff médical performant et… un public en or. "À la fin du match contre Rennes, malgré la défaite, le public s’est levé à la fin du match pour applaudir les deux équipes. C’est très positif malgré la défaite", souligne Bruno Fiolet. "En ville, on ne parle que de basket." La ferveur est réelle, pas seulement pour les matchs à domicile. "Quand on est allé jouer aux Sables d’Olonnes, il y a eu des problèmes au niveau de la transmission du live car ils avaient trop de connexions. Ils ne comprenaient pas ce qu’il se passait. Évidemment, c’était des gens de Berck !"

"Les gens sont excités et sont un soutien important", abonde Laurent Kleefstra. "Ils sont connaisseurs et apprécient la qualité de jeu supérieure en Nationale 1. Il y a une vraie ambiance dans notre palais des sports. Quand on arrive à emballer les matchs, cela fait du bruit et cela donne des frissons. Maintenant, il faut qu’on gagne rapidement pour conserver ce soutien populaire." Un seul mot d’ordre, ne pas céder à la panique. Les Berckois sont conscients que les absences sur blessure de leurs deux meneurs ont été pénalisantes. Conscients aussi que la saison de Nationale 1 est un marathon. "On vient de récupérer Alexandre Moisy, qui nous a fait défaut sur le début de championnat et on a recruté Johan Clet en pigiste médical de Flo Chapuy", reprend le coach "On n’est pas dans le bilan souhaité mais à chaque fois, ce sont des défaites courtes donc cela montre qu’on n’est pas loin. Il faut trouver le bon équilibre [..] L’ambition est de nous maintenir, et pourquoi pas d’aller chercher un petit playoff", rajoute Bruno Fiolet "Le tout est d’être dans les 50 meilleures équipes de France. 50e, ça me suffit !"