Stéphane Eberlin - « Cela n'a pas été un long fleuve tranquille »
Audrey Akakpo/FFBB

Déjà aux manettes de deux montées de la NM1 vers la Pro B avec le BC Souffelweyersheim en 2013 et 2019, le technicien alsacien a offert au Caen Basket Calvados hier soir des retrouvailles attendues avec la deuxième division masculine nationale. Retour sur un parcours semé d’embûches où le club normand aura réussi à sortir son épingle du jeu.

Après avoir quitté la Pro B en 2019, Caen est de retour dans la deuxième division nationale masculine grâce à ce succès sur le fil contre Saint-Vallier hier soir dans votre Palais des Sports. Moins de 24 heures après, vous êtes encore sur votre nuage ? 

Le sentiment actuel, c'est beaucoup de fierté parce que on l'avait annoncé dès le départ qu'on visait de remonter. On ne s’était pas caché, on avait montré notre ambition et cela a été très long parce que la saison est très longue. On est passé par des moments difficiles, on a eu des blessés à des moments importants sur des postes importants. Mais on est arrivé au bout et je crois que c'est la récompense pour tout le club, pour la ville de Caen, mais pour les dirigeants, pour les salariés, pour les bénévoles et bien sûr pour les joueurs et pour tout mon staff. Voilà, c'est une année de travail qui est récompensée et c'est vrai que c'était une grosse attente au niveau de la ville de cette montée. D'autant plus, je trouve ça génial, c'est qu'elle arrive l'année où on investit le Palais des Sports.

Ce retour en Pro B, vous avez bataillé pour l’obtenir. Deux échecs consécutifs en demi-finales des playoffs contre la Rochelle et Loon-Plage, une défaite à Quimper qui vous prive du titre puis deux séries difficiles contre le Havre et Mulhouse et pour finir, un duel dantesque en finale contre Saint-Vallier. Quel est le sentiment après tout ce chemin ô combien difficile ?

Il ne faut pas oublier que la Nationale Masculine 1 est un championnat particulier et long, construit en trois phases. On a joué jusqu'à la dernière journée pour la montée directe, malheureusement à deux journées de la fin, la défaite à Quimper a mis à mal nos desseins avec deux blessés dans le premier quart-temps. Et bien, il a fallu se relever et cela n'a pas été facile. On a attaqué sur les playoffs par une grosse équipe qui était Le Havre. On s'est fait marcher dessus là-bas en montrant un visage loin de ce que l'on voulait montrer. On a été capable de se relever et puis à partir de là, on était sur une bonne dynamique. On a joué beaucoup de grosses équipes avec le STB pour commencer, qui était un des prétendants dans la montée. D'ailleurs, on joue Tours qui était un autre aspirant à la Pro B. On joue Mulhouse qui est la bonne surprise depuis maintenant 2 ans, et puis on finit par Saint-Vallier, qui était encore une fois un des gros prétendants et c'est vrai qu'on a assisté à une finale très disputée. C'est un adversaire qui a été redoutable. Voilà, ça se joue sur pas grand-chose, sur très peu de possessions et cela rend cette victoire en finale encore plus belle parce que l'on sait que cela n'a pas été un long fleuve tranquille et qu'une montée, ça se mérite. Je crois qu'on a fait les efforts et qu'on a eu une abnégation qui nous a permis d'aller au bout.

Avez-vous douté dans cette série ? Quel bilan en faites-vous ?

On savait que Saint-Vallier était une équipe redoutable parce que très expérimentée avec 9 joueurs avec beaucoup de vécu. C'est aussi une équipe qui a été capable d'aller gagner à Chartres pour se qualifier, qui a gagné à Tarbes-Lourdes une belle pour se qualifier. On avait l'avantage du terrain et c'est vrai qu'à Saint Vallier, on est en difficulté pendant 25 minutes mais on arrive par notre défense à aller stopper le SVBD et à prendre ce premier match. Mais on savait que ce n’était pas fini. On savait qu'on n'avait gagné qu'une manche et que c'était une équipe redoutable à l'extérieur et ils l'ont montré parce que le 2ème match, bascule en leur faveur. Mais il aurait pu très bien basculer chez nous parce qu'on a quand même un lancer-franc à 30 secondes de la fin pour passer devant et après, on a encore un tir pour gagner au buzzer. Mais finalement, on échoue en prolongation. il fallait se remobiliser pour le dimanche et on l'a fait. On produit 32 minutes de très bonne qualité où on est devant à +14, +15 et sur les 8 dernières minutes ... voilà. Alors je ne sais pas si c'est la peur de gagner, mais on n'est plus arrivé à scorer, on a manqué de jus, on était vraiment touché physiquement. Et puis, on prend ce panier de Dumortier à 15 secondes de la fin, sur un rebond offensif long, il récupère la balle, il shoot un mètre derrière la ligne et il met dedans et égalise. Et puis, on finit par cette faute sur Bali (Coulibaly) qui met son premier lancer et qui nous donne la victoire et la montée. Je crois qu'on a assisté à une belle finale avec deux très belles équipes mais il fallait un vainqueur. C'est tombé sur nous mais je pense qu'on le mérite, voilà pour l'ensemble de l'œuvre et surtout, il ne faut pas oublier qu'on a dû faire face à des blessures sur des joueurs importants. On a encore joué la demi-finale et la final sans notre capitaine (Mounir Bernaoui), on a eu Marc-Eddy Norélia qui a été absent un moment, à Hyères-Toulon, en première phase là-bas, on joue sans Antoine Rojewski et Yanik Blanc, sur le match de la montée directe contre Quimper, on perd Yann Siegwarth au bout de trois minutes et Parfait Njiba au bout de neuf. Donc, on n'a pas été épargné mais on a toujours gardé le cap et on a su aller au bout.

Vendredi et dimanche, comme quasiment toute la saison, près de 4200 âmes étaient présentes pour vous pousser sans oublier les nombreuses célébrités qui ont tenu à vous adresser un mot. Parfait Njiba parlait du fait que quand on vient à Caen, on doit affronter tout un peuple. Quel a été l’impact de cet engouement populaire sur vos performances ?

C'est un bonheur, une dose d'adrénaline à chaque match parce que tu vas puiser au plus profond de toi les ressources que tu n'aurais pas si tu n'avais pas un public comme ça. Donc non, ce n'est que du bonheur, on a la chance encore d'avoir un public formidable. Et je pense qu'on l'a bien rendu cette année. On a été une équipe vaillante, on n'a jamais rien lâché et le public s'est identifié à nous. Donc maintenant, c'est une belle histoire et surtout, c'est que la ville de Caen attendait ça depuis longtemps cette remontée en Pro B et on a pu leur offrir.

Sur le banc du CBC depuis 2022, quel bilan tirez-vous de ces deux saisons en Normandie ?

On a été à la hauteur de nos ambitions. Avoir de si gros objectifs et les annoncer forcément, cela place la barre haute. Cela vous met une cible dans le dos évidemment et il faut faire avec. On a assumé, on a répondu présent. Ça va au bout donc c'est encore plus beau parce que voilà, on était attendu.

Vous, cette montée en Pro B, vous l’avez déjà goûté deux fois avec votre club de cœur Souffelweyersheim. Quelle saveur à cette troisième accession ?

Alors c'est vrai que toutes les montées sont belles, j'en ai connu deux à Souffelweyersheim en Pro B. La différence est qu'avec le BCS, on était le petit poucet, on n’était pas programmé pour monter et on s'est pris au jeu parce qu'on a fait un vrai bon début de saison et puis on arrive à chercher la montée la première année au Final 4 en gagnant contre Blois après prolongation en finale. La 2ème fois, c'était en saison régulière où on perd que 3 ou 4 matchs dans la saison. Voilà, pas programmé donc moins de pression. Clairement, on avait annoncé qu'on voulait monter et forcément tu n'abordes pas les matchs de la même manière donc pour moi, elle est d'autant plus belle parce qu'il fallait assumer nos paroles et le groupe l'a très bien fait. Cela n'a pas été un long fleuve tranquille comme je l'ai déjà dit. Il y a eu des moments difficiles mais on est toujours restés soudés, on a été capable de de se relever à chaque fois.

Désormais, les yeux sont tournés vers l’étage supérieur, un niveau que le club avait rejoint en 2017 en devenant Champion de France de NM1. Comment entrevoyez-vous l’avenir ?

Déjà, on va prendre le temps de savourer et après on préparera l'équipe. L'idée est de garder la même philosophie centrée sur le collectif, prime à l'équipe. Il y aura des joueurs qui seront au service de l'équipe et du collectif. L'idée, ce sera toujours la même sur d'avoir une défense solide et en attaque, une équipe qui se partage la balle où le danger pourra venir de partout. Et puis, pour finir, moi je crois beaucoup à la dynamique d'une montée. On va construire autour d'un groupe existant, voilà, on va garder une vraie ossature qui va nous permettre d'avoir peut-être un peu d'avance au départ de la saison parce qu'on aura déjà un vécu ensemble. Puis, on va modifier le groupe avec un certain nombre de recrues qui vont permettre au collectif d'être encore plus complet et plus fort.